Rondeaux

chaînes ouvertes dessinant des cercles

Sujet Danses, Gascogne
Support Article html
Auteur Pierre Corbefin ; Jean-Jacques Castéret ; Etnopòle occitan (CIRDOC-Billère)
Date 1900
Lieu Vallée d'Ossau

En Gascogne, le terme rondeau (rondèu, arrondèu, rond, saut), qui a succédé à l'appellation plus ancienne de branlo, désigne une pratique chorégraphique apparentée aux branles de la Renaissance (et plus anciennement aux caroles - rondes chantées - du Moyen-Âge), pratique dont toutes les régions de France ont connu l'usage (XVème, XVIème siècles). 

Congo

Aux origines du rondeau

Regroupant hommes et femmes, en chaînes ouvertes dessinant des cercles dans le sens des aiguilles, accompagné " à la voix " par les danseurs eux-mêmes ou/et aux instruments, le rondeau était un des moments forts de la sociabilité rurale gasconne. Il était en outre, pour celle-ci, l'occasion d'affirmer sa cohésion et sa singularité. La fin de la société traditionnelle a entraîné son déclin, puis sa disparition en tant qu'usage régulier. Il a toutefois, en quelques lieux plus enclavés, vécu jusqu'au conflit de 1914-18, le franchissant même (Landes, Savès, Haut-Agenais) pour perdurer jusqu'aux années 1930.

"Regroupant hommes et femmes,
en chaînes ouvertes dessinant des cercles"

Les auteurs gascons des XVème, XVIème et XVIIème s. ont souvent fait allusion à la danse en rond, en lui attribuant son appellation d'époque - le branlo -, ce qui, toutefois, ne nous permet pas d'en conclure avec certitude qu'il s'agissait-là de la forme ancienne du rondeau, tel qu'il sera décrit plus tard sous ce terme - fin du XIXème s.-, par des folkloristes tels que J.F. Bladé ou F. Arnaudin. Bien que sommaires (Bladè), ou difficiles à déchiffrer quant à la technique de certains pas décrits plus en détail (Arnaudin), les descriptions que nous livrent ces deux chercheurs n'en constituent pas moins les premiers documents permettant une réelle lisibilité de la danse.

Le rondeau aujourd'hui

Aujourd'hui, à la faveur de la réapparition de la pratique de la danse traditionnelle (troisième tiers du XXème s.), dans le cadre d'un courant qui dépasse très largement l'aire culturelle gasconne (en ce début du XXIème s., une bonne part de l'Europe occidentale), le rondeau fait l'objet de nombreuses sessions d'apprentissage (cours réguliers, stages).

Il est également très présent dans les répertoires des "bals traditionnels", les musiciens et les chanteurs ayant, de leur côté, largement puisé dans le répertoire des mélodies et des chansons collectées, tout comme ils ont composé des mélodies nouvelles.

Le style "rondeau"

Si, à l'intérieur de chaque pays de rondeau, apparaissent une ou plusieurs structures rythmiques spécifiques régissant les pas, il règne sur l'ensemble du domaine une réelle homogénéité de style, laquelle tire son caractère propre d'un mouvement gestuel qui dégage une impression de "verticalité suspendue".

"Cette similitude entre les rondeaux et les branles d'Ossau,
invite à se poser la question d'une parenté possible"

Bien que dansés selon un tempo plus rapide que les branlos de la Vallée d'Ossau, le mouvement des rondeaux - leur gestuelle - fait appel aux mêmes principes moteurs : propulsions effectuées par la jambe porteuse au moment de s'engager dans l'espace puis à intervalles réguliers pour redynamiser le mouvement, "plié d'amorti" ensuite, se transformant en appuis en suspension, assurés sur l'avant-pied.

Rondeau détail 1
Rondeau détail 2
Rondeau détail 3
Rondeau détail 4

Tant au niveau de la gestuelle qu'à celui de l'organisation rythmique des pas, cette similitude entre les rondeaux et les branles d'Ossau, invite à se poser la question d'une parenté possible, à l'époque où la chaîne ouverte était le dispositif communément utilisé sur l'ensemble du domaine.

Des pays de rondeaux

En chaîne

On peut parler d'un "pays du rondeau en chaîne" (sud de la Grande Lande
, Marsan, Marensin, sud du pays de Born) où les danseurs sont restés attachés à la disposition initiale héritée des branles (entre dix et vingt hommes et femmes, mains jointes, épaules contre épaules). Ailleurs, et sous l'influence d'usages chorégraphiques plus récents (danses issues des contredanses : congòs, quadrilles, danses en couple fermé : polkas, scottishs, mazurkas), la chaîne a évolué vers des groupements de danseurs en plus petit nombre, cortèges de deux ou quatre danseurs qui continuent de respecter l'antique disposition circulaire.

Les rondeaux en chaîne - rondèus, arrondèus - qui sont quelquefois nommés sauts en certains lieux du domaine (Marsan, Marensin), présentent des pas, ou unités motrices, prenant support sur quatre mesures de la mélodie de soutien. Combinant des durées "longues" et "brèves" ils comportent généralement un déplacement vers la gauche sur les deux premières mesures, suivis d'une séquence dansée sur place sur les deux mesures suivantes. Concernant les "unités motrices" et leur structure rythmique, elles sont en trop grand nombre pour que nous en faisions ici état. Pour en savoir plus long sur le sujet, nous conseillons la lecture de l'ouvrage de Michel Berdot "Rondèus congos de las Lanas" (voir bibliographie).

A deux

Les collectes ont révélé plusieurs "pays de rondeau à deux (danseurs)".
L'un d'entre eux se situe au nord du pays des rondeaux en chaîne, selon une aire qui couvre approximativement le nord de la Grande Lande, le Gabardan, le Bazadais (Chaleminaire), le pays de Buch et le nord du pays de Born.

"La chaîne a évolué vers des groupements
de danseurs en plus petit nombre."

Ici, les danseurs ont abandonné la configuration en chaîne telle qu'elle était encore en vigueur plus au sud, pour des dispositifs en couples mixtes autonomes placés en cortège sur un arc de cercle. Offrant, de ce fait, une physionomie d'ensemble différente de celle des rondeaux en chaîne, ces rondeaux à deux - rondèus, arrondèus - s'en démarquent également par la façon dont les danseurs organisent leur trajet sur le cercle, trajet qui comporte un partie en avançant droit devant soi, suivie d'un trajet effectué en reculant en sens inverse.

L'unité motrice s'organise désormais sur deux mesures de la mélodie de soutien, mais elle est répétée deux fois à l'identique, la première fois quand le couple avance, la deuxième quand il recule. Une unité motrice, qui a été observée en divers lieux de ce pays de rondeau à deux, consiste en une combinaison de durées longues et de brèves se déclinant ainsi, sur deux mesures : long/long/bref/bref/long/.

En Haut-Agenais

Nommé ici rondèu (à l'ouest du domaine) ou branlo (Branle de Vilareial) (à l'est de celui-ci), ce rondeau présente quant aux déplacements des danseurs les mêmes grandes caractéristiques que le rondeau à deux précédent, à ceci près que l'homme semble avoir – à l’instar des anciens branles – conservé l'habitude de se retourner systématiquement vers sa cavalière au moment où celle-ci entame la partie "recul" de son déplacement. C'est au niveau des rythmiques qu'il en diffère, toutefois. L'organisation des durées est ici plus complexe, et partant plus difficile à déchiffrer.

"L'organisation des durées est ici plus complexe,
et partant plus difficile à déchiffre."

D'autant que, et c'est aussi le cas pour le rondeau à deux précédent, le trajet avancer/reculer ne coïncide pas "à la lettre" avec les quatre mesures de la mélodie de soutien, les danseurs commencent à revenir en arrière avant la fin de la deuxième mesure et à avancer avant la fin de la quatrième. Quant aux combinaisons de durées, au moment où nous composons ce texte, deux interprétations en sont proposées par les formateurs en danse : l'une consiste en un enchaînement du type : bref/long/bref/long/long/bref/, sur deux mesures. Un autre est de l'ordre de : bref/long/bref/bref/long/bref/, également sur deux mesures.

Le Rond du Savès

La partie orientale de la Gascogne a également connu un pays de rondeau à deux. Il s'agit du rond, (prononcer "rount") pratiqué dans le Savès (Gers), et plus précisément dans la haute-vallée de la Save, cette région dont Samatan est en quelque sorte le centre. Bien qu'ayant adopté une disposition à deux danseurs, le rond a conservé des anciens branles, comme ça semblait être le cas en Haut-Agenais, la façon dont l'homme se retourne vers sa cavalière dans la seconde partie du déplacement, laquelle, pendant ce temps, comme dans les autres rondeaux à deux, recule vers son point de départ, en faisant face à son cavalier.

L'unité motrice s'organise ici selon une combinaison de durées qui peut s'énoncer ainsi, sur deux mesures : long/bref/bref/long/long/, cavalier et cavalière effectuant la partie « avancer » du trajet durant les deux premières mesures de la mélodie de soutien, et la partie en face-à-face durant les deux suivantes.

À quatre ?

Une aire géographiquement repérable qu'on pourrait qualifier de pays de rondeaux à quatre homogène a-t-elle également existé ?

Les enquêtes de terrain ont repéré ce dispositif dans l'espace en divers lieux selon un vaste croissant qui court du Pays de Serres en Agenais (département du Lot-et-Garonne), jusqu'au sud de l'Astarac (département du Gers), en passant par le Néracais (département du Lot-et-Garonne), le Condomois et l'Armagnac (département du Gers). Mais le caractère très extensif des investigations ne permet pas d'énoncer des certitudes, ni quant à l'unité de l'aire de pratique, ni quant aux unités motrices qu'il utilisait. La seule caractéristique qui semble commune à tous les points d'enquête, c'est la disposition des danseurs, ceux-ci dessinant dans l'espace des rayons semblables à ceux d'une roue de bicyclette, les hommes occupant les deux extrémités du rayon, les femmes choisissant les deux postes du milieu.

Musiques à danser

Musicalement, le répertoire des mélodies de rondeau est loin d'être aussi homogène. L'échange des airs, les créations individuelles des musiciens ont provoqué un brassage qui interdit, sauf exceptions, d'affirmer que telle mélodie concernait tel lieu, et partant telle façon de danser. Ce qui n'est pas sans soulever des difficultés, tant pour les danseurs que pour les musiciens dans la pratique actuelle des rondeaux.

"Le répertoire des mélodies de rondeau
est loin d'être aussi homogène."

Les instruments utilisés, quant à eux, à l'instar des "pays" de danse, ont été d'une localisation plus aisée, au moins pour certains d'entre eux : la boha (cornemuse à anches simples), la vielle à roue (Rondèu 1), le violon (Rondèu 2), le fifre (Rondèu). Sans omettre l'accompagnement à la voix par les danseurs eux-mêmes (Au prat de la ròca), pratique qui a concerné l'ensemble des pays de rondeau, laquelle, contrairement à une idée reçue, pouvait très bien être utilisée en complément du soutien instrumental, et non le précéder dans le temps.

Les collectes

Ce n'est que très récemment - deuxième moitié du XXème s. - que le rondeau fera l'objet d'enquêtes de terrain, conduites d'abord par des chercheurs en danse (J.M. Guilcher, Y. Guilcher, F. Lancelot, plus tardivement Ch. Cuesta), puis par des associations locales à vocation ethnographique (A.C.P.A., A.C.P.L., La Civada, Conservatoire Occitan, Menestrèrs Gascons, Association des Quatre Cantons du Haut-Agenais, Lou Peyroutou (F.O.L. des Hautes-Pyrénées,...

"Ces enquêtes ont fait apparaître
une véritable géographie de la danse."

Bien que menées après que le rondeau a disparu de l'usage ordinaire, ces enquêtes ont fait apparaître une véritable géographie de la danse, avec des "pays" aux contours restés indistincts, mais à l'intérieur desquels régnait une réelle homogénéité, tant dans la disposition des danseurs dans l'espace qu'au niveau des "structures rythmiques" qui organisaient le déroulement des appuis.

 


Cette page contient des extraits de la fiche d'inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel décrivant cette pratique.
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