Bourrées

La bourrée en France

Sujet Danses, Bourrées
Support Article html
Auteur Etnopòle occitan (CIRDOC-Billère)
Editeur CIRDOC - Institut occitan de cultura
Lieu Laruns, (Pyrénées-Atlantiques)

La bourrée en France

La bourrée, mot dont l'étymologie reste inconnue, est une danse qui couvre, en France, une aire très vaste, laquelle englobe les régions de son centre et les pourtours de celles-ci.

Dénommées également "montagnardes" ou "auvergnates", les bourrées sont régies par des rythmes à trois temps ou à deux temps. Les bourrées à trois temps sont l'apanage de la Haute-Auvergne, du Limousin, du Périgord, du Rouergue, du Gévaudan, du Haut-Quercy, du Morvan, du Haut-Berry. Elles existaient de même, mais de façon très parcellaire, en Poitou, et jusqu'en Vivarais et en Haut-Agenais. A deux temps, les bourrées concernaient le Bourbonnais, le Limousin, le Nivernais, le Charolais et le Bas-Berry.

Qu'elles soient soutenues par des mesures ternaires ou binaires, les bourrées organisent leur mouvement et leurs trajets grâce à un pas qui semble être commun à toute l'aire de pratique et qui fait appel, exception faite de certaines variations et ornementations (propres à tel lieu ou à tel danseur), à trois appuis par mesure.

En Aquitaine 

Pour ce qui concerne l'Aquitaine, les bourrées - appelées ici borrèias - y étaient présentes sur deux territoires qui concernent ses marches : le Périgord (département de la Dordogne) et le Haut-Agenais (département du Lot-et-Garonne).

En Haut-Agenais

L'aire de la bourrée concerne sa partie orientale, laquelle rejoint le Haut-Quercy (département du Lot) à l'est, le Périgord au nord. Pèire Boissières, qui a mené l'enquête sur ce sujet, précise que : « le Haut-Agenais est à la limite de la zone d'influence limousine où on danse la bourrée. Au nord-est de la ligne indiquée sur la carte, on en connaît deux formes, qu'on trouve aussi dans le Périgord : - la "borrèia planièra", que nous avons pris l'habitude de désigner en français par l'occitanisme "bourrée plainière" - la "borrèia al torn" (bourrée au tour) ou "borrèia ronda". Au-delà de cette ligne, la bourrée était presque une curiosité ; vers la vallée du Lot (il s'agit ici de la rivière Lot, et non du département administratif à qui elle a donné son nom, ndlr), les saisonniers et immigrés périgourdins la dansaient un peu en démonstration. Dans le canton de Villeréal surtout, la bourrée s'est maintenue plus longtemps que les autres danses traditionnelles : les plus jeunes l'ont dansée jusqu'en 1920 ».

Notons que l'aire de la bourrée en Haut-Agenais, telle que l'a localisée P. Boissière, chevauche celle du rondeau (appelé ici rondèu ou branlo), selon un croissant qui englobe les cantons de Monflanquin, Villeréal, Castillonnès, ainsi que l'extrême nord-est du canton de Cancon. Le Haut-Agenais était en terme de danse traditionnelle un "pays de confins", puisque le croissant cité à l'instant constitue l'extrémité nord-est des "pays de rondeaux" et l'extrémité sud-ouest des "pays de bourrées", les uns et les autres occupant sur le territoire de l'hexagone une vaste superficie.

En Périgord

La bourrée était, semble-t-il, et ceci avant le début du XXème siècle, pratiquée sur une aire située au nord d'une ligne Thiviers-Nontron, dans la partie du département de la Dordogne qui jouxte le Limousin (Haute-Vienne). Des collectes ont également été réalisées dans la région de Mussidan, mais la mise en valeur, en Aquitaine, des résultats de ces enquêtes ne permet pas pour l'instant de connaître l'origine exacte des danseurs concernés. Par ailleurs, dans cette même région, le mouvement des groupes folkloriques s'est fortement développé à la faveur de la dynamique mise en place par le mouvement félibréen. Celui-ci, œuvrant au renouveau de la langue et de la culture d'òc, a largement contribué à la diffusion de la bourrée sur l'ensemble du département, où elle fait aujourd'hui figure d'emblème régional.

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Les bourrées au XXème siècle

Si beaucoup de bourrées dans de nombreux pays de bourrée, parmi ceux cités ci-dessus, ont connu l'influence des contredanses et vu leur configuration d'origine évoluer vers des formes introduisant des "figures" souvent complexes, ce n'est pas le cas des bourrées planièras et al torn, qui sont restées, semble-t-il, peu ou prou fidèles à leur dessin premier.

En Périgord par exemple, profitant du travail de compilation de danses et des expériences de bourrées chorégraphiées du mouvement folklorique limousin, les groupes périgourdins pratiquent ainsi, à côté du répertoire plus ancien de bourrées circulaires, une multitude de bourrées à figure ainsi que des suites de bourrées.

En Haut-Agenais, la pratique actuelle des danses issues de la tradition témoigne d'un réel intérêt pour les formes de bourrées locales, intérêt qui dépasse largement l'aire agenaise, s'agissant de la borrèia planièra en particulier. Mais son exécution reste souvent aléatoire, la réussite d'une borrèia planièra nécessitant une bonne connaissance de la chorégraphie également maîtrisée par tous les danseurs, ce qui n'est pas toujours le cas, au moins pour l'instant.

En Périgord, le vaste répertoire des bourrées acquis au sein de groupes folkloriques qui ont, à cet égard, représenté des lieux très forts de sociabilité et de transmission des pratiques dans les années 70 et 80, vient tout naturellement alimenter aujourd’hui les bals de la région. (A gran còps de baston)

Ses origines

La bourrée, si l'on s'en tient aux documents qui la signalent est à l'origine une danse de cour. Du moins est-elle pratiquée par l'aristocratie dès le règne de Louis XIII. Elle apparaît plusieurs fois, au long du XVIIème siècle, dans des recueils musicaux (Praetorius, 1612 ; Mangeant, 1615 ; Mersenne, 1636), où elle est notée à deux temps.

Les premières notations chorégraphiques la concernant n'apparaîtront qu'au début du XVIIIème s. et c'est toujours une danse de cour. A partir de cette époque, le pas de bourrée - " véritable ciment intercellulaire de toute danse "- va investir des danses qui ne portent pas a priori le terme de bourrée dans leur intitulé. Le ballet classique, enfin, intègrera à son tour le terme et son contenu à son répertoire propre, où il figure encore aujourd'hui.

Dans les milieux populaires, la bourrée est signalée une première fois en 1665 à Clermont-Ferrand, en Auvergne, où son usage semble très implanté. C'est Madame de Sévigné qui la mentionnera à son tour (1676), pour l'avoir vu danser en Bourbonnais. Les enquêtes de terrain qui viendront plus tard (XIXème et XXème s.), permettront d'établir de façon précise l'aire très vaste de sa pratique telle que nous l'avons sommairement décrite ci-dessus.

Les formes de la bourrée

Bien que l'une et l'autre à trois temps, la borrèia planièra et la borrèia al torn (que les enquêtes de terrain menées en Haut-Quercy ont également fait apparaître dans cette région), diffèrent sensiblement dans leur configuration spatiale, comme le laisse d'ailleurs entendre leur intitulé. 

La borrèia planièra présente en Haut-Agenais (Borrèia) est plate (planièr = plat, en occitan), c'est à dire dansée selon une configuration linéaire, deux files de danseurs en nombre pair se faisant face. Chaque rangée danse vers sa gauche, selon des trajets en dents-de-scie, à charge pour le danseur ou la danseuse, qui arrive au bout de la file, de passer dans celle d'en face. Passage qui s'effectue à chacune des deux extrémités alternativement. 

La bourrée circulaire présente autant en Périgord (Ai vi la bergiera) qu'en Haut-Agenais (Borrèia) où elle est nommée borrèia al torn, rassemble, elle, les danseurs en couples mixtes autonomes. Régulièrement répartis sur le cercle et évoluant cette fois en cortège dans le sens inverse des aiguilles, les danseurs passent tour à tour sous le bras de leur partenaire.