Branles d'Ossau

Oral, lettré ou de création locale

Sujet Danses, Vallée d', Ossau
Support Article html
Auteur Etnopòle occitan (CIRDOC-Billère)
Date 1900
Lieu Vallée d'Ossau

Les branlos (branles) pratiqués en vallée d'Ossau en Béarn, se présentent sous plusieurs aspects selon leur fonction.

Danse des Eaux-Bonnes et Laruns - Fonds Ancely B315556101_A_GORSE_9_031
Danse des Eaux-Bonnes et Laruns - Médiathèque de la Haute-Bigorre

Terres de branle

S'agissant du Béarn, l'aire de pratique du branlo ne concerne que la partie montagnarde du domaine.
Au XIXème siècle, il est attesté dans les trois vallées principales – Barétous, Aspe et Ossau -, de même qu'en terre de Bigorre, dans la vallée d'Arbéost-Ferrières, limitrophe de la vallée d'Ossau.
Mais si la pratique du branlo a disparu en vallée d'Aspe, Barétous et Arbéost-Ferrières (fin XIXème s. pour les premières citées, au début de l'entre-deux guerres pour Arbéost), il en va autrement pour Ossau dont la partie supérieure de la vallée – toutes les communes à partir de Bielle - est restée fidèle aux deux formes (baish et airejan), que l'on peut encore observer aujourd'hui, lors des fêtes patronales au moins.
Notons qu'une autre famille de danse – les sauts – a également la faveur des ossalois, chaque commune revendiquant dans ce domaine un certain nombre d'entre eux, extraits du répertoire commun à la vallée, et qui lui sont spécifiques.

Aux origines du branle

Si l'on s'en tient à la lettre à sa dénomination, le branlo s'apparente à la grande famille des branles de la Renaissance. Bien que ce terme ait pu en d'autres lieux désigner des formes qui n'étaient pas directement apparentées à ce fond ancien, il semble ici employé à juste titre.

"le branle ossalois témoigne
d'un état ancien de la danse."

Les divers traits de sa physionomie font du branle ossalois (c'est aussi le cas pour les sauts), l'héritier de cet usage qui, les écrits anciens l'attestent, était en vogue dans l'aristocratie française tout entière dès cette époque qui fait charnière entre le Moyen-Âge et la Renaissance, pour ensemencer plus tard les milieux populaires. Epoque qui connaît encore l'usage de la ronde chantée (la carole), qui était la forme prédominante de la danse au Moyen-Âge, en milieu rural surtout, et dont les branles qui lui succédèrent conservaient certains traits essentiels – la chaîne circulaire, l'osmose entre le chant et la danse, le pas régi par une unité motrice simple.
A ces divers titres, le branle ossalois témoigne donc, de façon très évidente, d'un état ancien de la danse.

Les formes de Branles

Quand il est branlo baish (littéralement " branle bas ", c'est à dire de peu d'élévation dans les amplitudes du mouvement dansé), le branlo n'est exécuté que lors de la fête patronale, plus rarement lors des mariages, et sa fonction est strictement cérémonielle (Lo branlo baish). Quand il est dit airejan (aérien), l'adjectif qui le qualifie indique assez le caractère éminemment léger et " suspendu " que les danseurs impriment à leur mouvement (L'Airejant).

Réservé à tous les moments de sociabilité (fêtes patronales, mariages, bals, départs et retours de la transhumance, rassemblements familiaux), il est dans ce cas l'expression la plus éclatante du goût des Ossalois pour la danse et de l'importance qu'ils attachent à cet exercice, et c'est plutôt sur ce dernier que nous mettrons ici l'accent. Une troisième façon de danser le branlo a autrefois existé à Laruns, le plus gros bourg de la vallée.

"Branlo baish, airejan ou Faranlà,
le goût des ossalois pour la danse."

Appelé Faranlà, son usage était réservé à la soirée du Mardi-gras. Fonctionnel en quelque sorte, il mariait deux exercices, la danse et le passacarrèra (passe-rue), et permettait à la population, toutes générations confondues, de rallier en bon ordre le centre du bourg. Le Faranlà est depuis les années 1980 l'objet d'une reprise dont l'initiative revient à Aussau Tostemps, association de Laruns.

L'airejan

Le branlo airejan, quant à lui, est une danse mixte, longtemps pratiquée en chaîne ouverte circulaire susceptible d'accueillir un nombre indéfini de danseurs et qui a récemment évolué (début XXème s.) vers des dispositifs moins achalandés : tronçons de chaîne de six à huit danseurs d'abord, puis couples mixtes autonomes disposés en cortège sur un arc de cercle (entre-deux-guerres), les danseurs restant dans ce cas, et malgré une plus grande liberté de mouvement, très attachés à l'esprit et à la configuration de la danse originelle. Dès lors, c'est un couple qui ouvre le cortège, lequel se déploie toujours vers la gauche, dans le sens des aiguilles de l'horloge.

"Danse mixte longtemps pratiquée
en chaîne ouverte circulaire."

Le chant a longtemps été le support musical privilégié du branlo, les danseurs puisant pour ce faire dans le vaste réservoir des branles chantés de la vallée (Vila de Castetnau). Se répondant d'une moitié de la chaîne à l'autre (Rossinholet qui cantas), ou les femmes répondant aux hommes, les participants ont longtemps fondu les deux exercices en un seul témoignant ainsi de la parenté évidente du branlo avec ses lointains ancêtres, les caroles et les branles.

Depuis une époque relativement récente (l'immédiate après-guerre), les danseurs ne s'accompagnent plus eux-mêmes au son de leur propre voix, déléguant ce soin aux instrumentistes présents, lesquels, dans la majorité des cas, privilégient les larges possibilités, tant sonores que rythmiques, offertes par le couple flabuta/tamborin (flûte à trois trous, ou à une main, et tympanon à cordes). Lequel couple instrumental est depuis longtemps présent dans la vallée, comme en témoignent les lithographies du XIXème s. représentant des danses en chaîne. Ce qui semble accréditer l'idée selon laquelle accompagnement vocal par les danseurs et accompagnement instrumental, ici comme dans la société trraditionnelle en général, ont longtemps existé de pair.

Pas et mouvements

Nous ne pouvons pas rentrer ici dans le détail de la description du pas du branlo airejan – écrire " le pas " au singulier est déjà un peu réducteur, tant nous avons constaté une grande diversité dans le traitement des appuis – , cela nécessiterait de trop longs développements. Bornons-nous à préciser qu'il se déroule selon une unité motrice qui utilise une phrase musicale de huit temps (soit quatre mesures de rythme binaire), et qu'il se répète de façon uniforme tout le temps que durera la danse. Dans sa forme actuelle – couples autonomes disposés en cortège sur un arc de cercle – le branlo offre au regard, des pas qui diffèrent selon le sexe de l'exécutant, l'homme effectuant, sur les huit temps, deux rotations, l'une vers sa cavalière, l'autre en sens inverse, laquelle le replace dans sa position initiale. La femme, elle, se tient tout au long dans sa position de départ. Ainsi le danseur et la danseuse évoluent droit devant eux sur les quatre premiers temps, pour danser quasiment sur place, et en face à face, sur les quatre temps suivants. Et ainsi de suite.

"S'il y a singularité, c'est dans le mouvement dansé
qu'il faut aller la chercher."

S'il y a singularité, c'est dans le mouvement dansé qu'il faut aller la chercher. Le tempo relativement lent du branlo airejan (il est sensiblement moins rapide que celui des rondeaux de Gascogne, par exemple, avec lesquels le branlo ossalois offre de très réelles similitudes), permet aux danseurs d'exprimer sans avoir à se hâter les grandes caractéristiques de leur gestuelle, laquelle obéit à une respiration rythmique immuable qui enchaîne, sur les deux temps de la mesure, une pulsation longue et deux pulsations brèves. En outre, au moment de s'engager dans l'espace, puis à intervalles réguliers au début de chaque mesure, les danseurs vont s'aider d'une propulsion de la jambe porteuse pour donner à leur mouvement ce caractère " aérien " qui est non seulement la marque du branlo dit airejan, mais aussi des sauts pratiqués dans la vallée. En effet, par la grâce de cet élan initial sans cesse renouvelé, ce transfert dynamique du corps d'une jambe vers l'autre (lequel nécessite un fléchi de prise d'élan de la jambe qui effectue la poussée, puis la propulsion proprement dite, puis enfin un fléchi d'amorti sur l'autre jambe, celle qui assure la réception), le ou les appuis suivants vont pouvoir s'effectuer sur l'avant-pied, créant ainsi cette impression de légèreté, de fluidité. Le mouvement est sans cesse " élancé ", en quelque sorte, comme " suspendu ", créant ainsi l'illusion de se jouer par instant de la pesanteur.

"Le branlo airejan jouit d'une réelle,
voire grandissante considération."

Il n'est sans doute pas inutile d'ajouter que cette singularité gestuelle du branlo airejan a fait que sa réputation a, depuis une ou deux décennies, largement dépassé les limites de son aire natale, où les Ossalois continuent de lui vouer une vénération qui reste très vive. Partout où on témoigne aujourd'hui de l'intérêt pour les danses, les musiques et les chants issus de la tradition le branlo airejan jouit d'une réelle, voire grandissante considération.

Depuis 1983, Aussau Tostemps a réintroduit la tradition du Faranlà à Laruns. Le soir du mardi-gras, il est dansé sous la halle, en chaîne et accompagné à la voix par les danseurs eux-mêmes. Au cours du buffet qui s’ensuit, il est à nouveau dansé, de même que des branlos airejans. Les chants polyphoniques parachèvent la fête, comme c'est l'usage en Vallée d'Ossau (information communiquée par Jean-Jacques Castéret).